Entre la prise de conscience et entreprendre, il y a...

Il y a la résilience. C'est-à-dire la capacité à rebondir. Rebondir plus haut après l'épreuve. Celle de quitter une zone de confort matériel assurant plus que le quotidien, un statut social, des relations dont les propos vous portent vers ce que l'on croit être de la reconnaissance.
Selon Christophe Dejours*, au regard de l’expérience humaine, il existe deux voies principales d’accomplissement de son identité :
- la conquête de l’identité dans le champ érotique et de l’amour d’une part,
- la conquête de l’identité dans le champ social d’autre part.
La reconnaissance du travail participe à l’accomplissement de soi dans le champ social. La dynamique de la reconnaissance du travail permet en particulier de comprendre comment, grâce au travail, un certain nombre de personnes parviennent à stabiliser leur identité. La reconnaissance par autrui est indispensable pour la validation d’une trouvaille mise au point dans la confrontation avec le réel. La reconnaissance du travail peut donc être porteuse d’émancipation si et seulement si elle porte sur une épreuve dûment rapportée à l’expérience du réel. Pour la psychodynamique du travail, la reconnaissance du travail passe par la formulation de deux formes de jugement qui témoignent de la valeur accordée par autrui à la contribution du sujet à l’organisation du travail.
- Le jugement d’utilité technique, sociale ou économique est formulé par la hiérarchie, les subordonnés ou parfois même les clients ;
- Le jugement de beauté porte quant à lui sur la qualité du travail (« beau boulot », « belle présentation ») qui témoigne à la fois de la conformité avec les règles.
Les données issues de la clinique révèlent que quand le travail est compatible avec une attente de reconnaissance, les sujets sont en mesure de mobiliser des ressources importantes en s’engageant parfois éperdument dans leur travail, mais également en déployant des défenses pour continuer à travailler. Pour la psychodynamique du travail, l’identité est « l’armature de la santé mentale », elle n’est jamais définitivement stabilisée et reste incertaine, inaccomplie. La plupart des sujets ne peuvent tenir leur identité, uniquement, par eux-mêmes. C’est pourquoi ils ont constamment besoin de confirmation par le regard de l’autre. L’engagement dans le travail peut donc représenter un médiateur irremplaçable pour stabiliser et accroître son identité. Celui qui a été reconnu pour la contribution qu’il a apportée à l’organisation par son travail peut éventuellement rapatrier cette reconnaissance de son savoir-faire dans le registre de son identité. Grâce à la reconnaissance, travailler n’est pas seulement produire des biens ou des services, c’est également « se transformer soi-même ».

Extrait de "Évaluation du travail et reconnaissance" par Isabelle Gernet et Christophe Dejours.

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